La musicienne N’deye Seck me raconte son parcours.

28 Jan 20260 commentaires

Dans le premier article au sujet de ma rencontre avec N’deye et notre nouveau projet au Sénégal, je vous partageais combien son parcours de musicienne et son histoire m’avaient profondément inspirée.

N’deye avait à peine 9 ans lorsqu’elle a osé sortir du cadre et se confronter aux injonctions, aux regards critiques, aux difficultés qui se dressaient sur le chemin qu’elle avait choisi, celui de musicienne. Aujourd’hui, elle est devenue un véritable modèle pour les générations futures, elle me raconte son parcours.

Comment as-tu découvert la musique sans modèle féminin ?

« Quand j’ai 9 ans, j’occupe mes samedis et mes dimanches en suivant mon grand-père, lui-même percussionniste, lors d’animations de mariage, de tontines ou d’autres célébrations dans les villages voisins. Je suis fascinée par son instrument et par l’énergie puissante qui s’en dégage. Je le suis en cachette, il ne le sais pas. Ce n’est pas la place d’une jeune fille. Puis, je m’entraine aussi en cachette après l’école, les weekends. »

Comment as-tu pris ta place comme musicienne ?

« Un jour, mon grand-père tombe malade et je vais le remplacer. A partir de ce jour-là, les femmes des villages réclament ma présence, au grand étonnement de mon grand-père. Déjà, je rêve de devenir tambour-major et de diriger des musiciens. Alors, mon grand-père me transmet ses techniques. Il me soutient énormément malgré que je suis une jeune fille et que cette activité est traditionnellement réservée aux hommes. »

Comment as-tu poursuivi ?

« A 20 ans, je suis repérée par Germaine Acogny, icône de la danse et chorégraphe franco-béninoise, co-fondatrice de l’Ecole des Sables au Sénégal. Elle croit en moi, là où personne ne veut me reconnaitre en tant que femme musicienne. J’y suis formée, j’accompagne ses compagnies en tournée dans le monde. Ainsi, je deviens spécialiste du sabar, mais je suis polyvalente : je maitrise et j’enseigne plusieurs instruments. Aujourd’hui, je dirige un groupe de batteurs talentueux. »

Quel est ton rêve aujourd’hui ?

« Mon rêve est de transmettre. Je ne veux pas partir avec tout ce savoir sans l’avoir partagé. Mon idée est de transmettre aux femmes, aux jeunes filles, à la génération future. Je rêve de construire une école pour aider les jeunes filles à s’émanciper, à s’affirmer, à prendre leur place et à faire de la musique leur métier. J’ai créé l’association M’bene Thiam pour l’école qui portera le même nom, qui est aussi le prénom que portait ma mère. »

Nous avons toutes et tous besoin de modèles, de mentors pour nous inspirer, nous donner confiance et ouvrir la voie. Dans un monde encore trop pauvre en modèles féminins, souvent invisibilisés et freinés par des injonctions persistantes, N’deye a courageusement tracé son propre chemin et est devenue l’un de ces modèles essentiels pour les générations futures.

Stéphanie | fondatrice ASBL Indah

Interview de N’deye Seck

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